Présentation


Pour cette rentrée littéraire de l'automne 2001, liberté a voulu rendre hommage au poète Michel Beaulieu qui aurait fêté ses soixante ans le 31 octobre.

    Nos discussions au comité de rédaction ont fait surgir d'autres poètes. Parmi ceux-là, nous en avons retenu deux pour ce numéro. Geneviève Amyot, partie l'an dernier rejoindre la douceur floconneuse de la mort ; Louise Dupré et Gilles Marcotte rendent hommage à cette œuvre si particulière, faite de tremblements et de force, de la poésie québécoise contemporaine. Puis Marie Uguay, décédée il y a vingt ans déjà, et dont l'œuvre grandissante renouvelle, au fil des années, ses lecteurs. Monsieur Stéphan Kovacs, que nous remercions, nous a donné une page de son précieux journal, où l'on retrouve le ton lumineux et inquiet de l'auteure. Il convient aussi de remercier Daniel Beaulieu et Benoît Turcotte, d'avoir permis à liberté de publier des inédits de Michel Beaulieu et de Geneviève Amyot.

    Le temps manquait pour développer et entrer dans le détail de l'œuvre de Michel Beaulieu. Cela viendra, tant il est vrai que l'on commence à percevoir la place singulière de cette poésie et de cette œuvre dans la littérature des années soixante à quatre-vingt. Pour l'instant, quelques amis, poètes, critiques, éditeurs, sont venus saluer l'homme et le poète, comme une volonté fraternelle de lui dire qu'on l'écoute et continue de l'accueillir. Du moins soulignons-nous, comme un devoir de mémoire, la pertinence de cette poésie.

    Lui-même lecteur inépuisable des poètes d'ici et du monde, Michel Beaulieu aurait certes apprécié la présence des nombreux poètes que contient cette livraison, de David Solway, si près de nous et si méconnu, à Wallace Stevens, l'une des grandes voix de la poésie étasunienne du vingtième siècle, en passant par Valerio Magrelli, dont liberté a déjà publié quelques poèmes, et Dominique Sorrente.

    Voici donc un numéro où la poésie est à l'honneur. Liberté témoigne encore de la constance de sa fidélité envers ce lieu fondateur de la littérature et de la culture.

    Les camarades de l'outre-vie nous demandent de les écouter. Est-ce tant demander que de les suivre dans cette expérience ? Ils appellent en nous un souci de lucidité. Camarades éprouvés dans leur chair, où la lumière du poème, cependant, pointe un chemin aveugle. La poésie n'a pas à être spectacle, c'est la connaissance verticale au service de l'inattendu qui plonge ses racines dans la vie.

    Le poème est mémoire, son horizon de temps témoigne du combat qu'une vie mène pour exister hors d'elle-même. Aussi bien, une pure substance de la matière. Quand je relis le tout, je trouve que le numéro ressemble un peu à Michel : la poésie parle toujours de la poésie, elle est pérenne de sa propre mémoire.


Paul Bélanger


retour au sommaire