La littérature québécoise reste un paradoxe

Réjean Beaudoin

Confirmée depuis plus de cinquante ans dans son existence auparavant douteuse, la littérature québécoise n’en finit pas de se fractionner du même souffle qu’elle entend s’affirmer, si bien que, pour s’accomplir, elle semble en même temps se garder de l’oser. tout se passe comme dans une gare où l’on n’entre qu’avec le réflexe d’en sortir aussi vite.

J’appelle souvent de mes vœux d’autres livres que ceux qui paraissent en grand nombre. Je rêve de ce qui manque à mes lectures, comme si cet éclairage inédit m’était aussi sensible en son absence que puissant dans la hantise qu’il ne cesse d’élargir en moi. Les dernières décennies débordent de bons écrits, mais je me suis sur-pris plus d’une fois à songer que la plénitude pressentie se dérobe à mesure que la qualité moyenne augmente. Ce n’est pas très clair, je le crains. On est loin, c’est certain, de l’époque où il faisait presque bon interroger la possibilité même de cette littérature en projet, comme le faisait Jules Fournier, un demi-siècle après Octave Crémazie. On a le doute moins virulent depuis la Révolution tranquille. Ce crédit a aussi ses limites.

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