DÉBAT
L’abstention : nouveau péché capital
Francis Dupuis-Déri
À la venue des élections provinciales au Québec en décembre 2008, la pression s’est accentuée sur les abstentionnistes connus et reconnus, à tout le moins dans les milieux politisés et militants de gauche et d’extrême gauche que je fréquente. Pour en avoir discuté avec d’autres, je constate que nous avons été soumis au même traitement. Dans une rencontre impromptue avec amis ou collègues, lors d’une réunion militante, à la fin d’un souper bien arrosé, ce moment fatidique : « Alors, j’aimerais que tu nous expliques pourquoi tu ne vas pas voter. » Vous voici sommés de vous confesser, de vous expliquer sur ce passe-temps honteux, l’abstention. Après les élections, le critique des essais québécois au Devoir, Louis Cornellier, y est même allé d’une remontrance à mon égard, au sujet d’un texte que j’avais signé dans la revue Possibles en défense de l’abstentionnisme : « la gauche québécoise a-t-elle vraiment besoin de ce radicalisme contre-productif » affiché par « un politologue patenté » ? Aïe ! Et de conclure : « Amir Khadir, en tout cas, ne doit rien à ces néo-radicaux1. » Plusieurs de (...)
1 Louis Cornellier, « Les bonnes intentions suffisent-elles ? », Le Devoir, 31 janvier-1er février 2009, p. F6.