MISE AU POINT
Pourquoi je ne peux plus employer le mot écrivain
Marie-Andrée Lamontagne
Féministe, je ne pratique pas la féminisation des titres. Libre à chacun d’écrire « sculpteure », « professeure », « médecine » ou « écrivaine » : pour ma part, je mets « écrivain ». Je pourrais m’expliquer là-dessus, ayant un peu réfléchi aux motifs d’une résistance d’abord instinctive, puis raisonnée, mais si peu répandue au Québec qu’elle appelle aus sitôt le stylo du correcteur, sans état d’âme, comme on corrigerait un accord fautif ou un s manquant. Sans consulter l’auteur, bien sûr — l’auteur sans e, est-il besoin d’ajouter.
C’est la mésaventure qui m’est arrivée dans le dernier numéro de Liberté (no 285, « Mythes de chez nous, 1959-2009 »), où j’ai répondu avec plaisir à l’invitation qui m’était faite d’évoquer mes années à Liberté, alors que la revue, avec raison, entendait souligner ses 50 années d’existence. Le mot « écrivain » revient une vingtaine de fois dans l’article que j’y signe sous le titre « S’entourer », ce qui n’a rien d’étonnant, s’agissant d’une revue littéraire. Mais, à deux reprises, le jeu grammatical de l’apposition ou de l’attribut aidant, me voilà affublée de l’étiquette « écrivaine », découverte une fois le numéro imprimé.
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