Le temps est gelé
Entretien avec Paul Chamberland et Alain Farah
Pierre Lefebvre et Robert Richard
Liberté — J’aimerais commencer cet entretien en abordant la ques tion du lieu d’origine. Au-delà de la question générationnelle, ce qui vous démarque, me semble-t-il, c’est surtout que Paul soit né au Canada français, alors que toi, Alain, tu es né au Québec. Qu’est-ce que c’était, donc, d’être un jeune écrivain au Canada français et qu’est-ce que c’est d’être un jeune écrivain au Québec ? Qu’est-ce qui, par rapport à ce lieu d’origine, vous différencie ?
Paul Chamberland — « La fatigue culturelle du Canada français » [rires]. Plus sérieusement, j’aimerais évoquer les livres de François Paré, Le fantasme d’Escanaba et Les littératures de l’exiguïté. Il y avance que la Révolution tranquille s’est faite en quelque sorte sur le refoulement de la diaspora canadienne-française. Il y a aussi que le Canada français que j’ai connu tirait à sa fin, et que le Québec en était l’horizon. Le Québec, alors, était quelque chose qui s’en venait, qui arrivait. On vivait, pour ainsi dire, dans un « passage », un entre-deux. Bref, le mot d’ordre n’était absolument pas « no future » mais en fait tout le contraire, et ce, non seulement ici, mais pratiquement (...)