l’Âge de l’institution

Pierre Lefebvre

Les mythes fondateurs, qui sont souvent aussi cruels que facétieux, font souvent référence au fratricide pour illustrer le monde dégradé dans lequel on vit. Je trouve pour ma part que ça tombe très bien parce qu’on peut, en tirant le tout un peu par les cheveux, raconter l’histoire de la littérature québécoise en laissant planer au-dessus d’elle l’ombre de Romulus et Remus, ou peut-être encore, si on préfère, celle de Caïn et Abel.

Les littératures, comme on le sait, ne viennent pas au monde par-tout de la même manière. Pour les européennes, je ne sais pas trop si c’est un avantage, ça s’est pour ainsi dire passé dans la stupeur ou peut-être même l’enchantement. Je tourne les coins ronds, mais les Français, les Allemands, les Anglais, par exemple, j’imagine que c’est la même chose pour les autres, se sont à un moment donné retournés sur eux-mêmes, ont constaté l’ampleur de leur corpus, se sont dit, wow, quand même, on n’a pas trop niaisé, et se sont décidés à continuer sur ce fonds de commerce-là. Pour ce qui est des Amériques, c’est le contraire. Les littératures nationales sont essentiellement un projet, une projection et, si ça trouve, en tout cas certainement au début, un fantasme. Grosso modo, des états-Unis en passant par le Brésil, l’Argentine, le Mexique et, bien sûr, le Québec, c’est d’abord un constat de tristesse, de colère aussi, qui en est à l’origine et qui (...)




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