CHRONIQUE
LE LECTEUR IMPUNI
3. Sans bruit
Robert Lévesque
Vincent Van Gogh, Lettres à Van Rappard, Paris, Grasset, coll. « Les cahiers rouges », 2009, 243 p.
Honoré de Balzac, Illusions perdues dans La comédie humaine, tome I, Paris, Omnibus, 1999 [1837-1843], 1076 p.
Honoré de Balzac, Le chef-d’œuvre inconnu dans La comédie humaine, tome IV, Paris, Omnibus, 1999 [1831], 1078 p.
On n’imagine pas Vincent Van Gogh déambulant un livre glissé sous le bras ou tenu dans la main, encore moins l’imagine-t-on en train de lire, saisi dans la pose qui s’impose dès que l’on se met à penser par exemple au prince étudiant d’Elseneur (Hamlet n’est pas sans un livre...) ou à Proust dans son lit, le nez plongé dans du Ruskin (pour tantôt le traduire avec l’aide indispensable de sa mère bilingue) ; non, Van Gogh, on ne le voit, lorsqu’on pense à lui, qu’avec un attirail de peintre, son bastringue de rapin, dehors, seul, effarouché ; pourtant ce fils de pasteur calviniste lisait, et beaucoup. Sait-on, a-t-on oublié qu’il fut un temps commis de librairie à Londres ?
Van Gogh avait à peu près tout lu Balzac, du moins avait-il l’intention ferme et maintes fois mentionnée dans ses lettres de lire l’œuvre complète de l’auteur de La comédie humaine pour la connaître vraiment, seule façon, insiste-t-il, de comprendre une œuvre, de respecter (...)