PROSE
Pim à l’eau
Anne-Marie Régimbald
Mon nom est Pim et je n’ai pas peur. Pas peur des flammes d’être mort. Je suis jeune, je ne suis pas vieux. Les vieux meurent, vous savez. Audébut ils ne sont pas vieux, ils le deviennent. À la fin, la peur les a mangés bout à bout et ils tombent raides. Moi, je suis vivant, jeune et dans mon bain. C’est de moi, Pim, qu’il est question. Pas de vieux raides morts de peur comme des briques.
Je me vois vivant de face dans le miroir du robinet. C’est moi, ce tout croche au nez d’éléphant trompé ? Si je fonce vers et souris, j’ai l’air d’une sorcière fille, prête à brûler vivante. La bouche, c’est pire que pire. On me dirait décomposé. J’aime mieux mes doigts en vrai. Le vrai est encore moins épeurant. Dans le miroir, ça vire à l’envers. On perd le bout qui s’appelle le début. On est toujours proche de la fin. On se cogne dessus. Rien à faire pour se rabouter à soi-même. On est près de disparaître. Plus on se rapproche, plus on est menacé de disparaître. Pour se ramener, il suffit de claquer des doigts.
Si seulement je savais. Claquer des doigts. Pour faire apparaître ou disparaître. Moi et le reste, à ma guise. Que ma volonté soit faite. Pas encore, je ne sais encore rien, ou presque. Chaque instant me menace de disparition. Je suis le presque rien qui se balance. tic tac, Pim au bout d’un fil au-dessus du vide. Seules les flammes me maintiennent serré au-delà. À l’intérieur de moi-même. Moi le simple.
(...)