Mes batailles et mes deuils

Geneviève Billette

Il sera également question de joie.

Michel Marc Bouchard a déjà dit de l’écriture théâtrale qu’elle était « l’enfant rebelle et louche de la littérature ». Ça m’a plu. D’une part, parce que les adjectifs « rebelle et louche » m’apparaissent particulièrement justes pour décrire le paradoxe qui anime l’auteur dramatique : il s’escrime avec la même souveraineté que le romancier à dompter les mots sur la feuille, tout en ne rêvant, au fond, que de les voir fuguer vers la scène. Le dompteur s’acharne à dompter le fauve, alors qu’il n’y aura lumière que si le fauve s’évade.

Mais, si l’assertion de Bouchard m’a tant plu, c’est avant tout parce qu’elle inscrit, sans hésitation aucune, l’écriture théâtrale au sein de la littérature. L’écriture théâtrale est un genre littéraire. Ça a peut-être l’air évident en 2010, mais imaginez-vous ces mêmes mots énoncés dans les années 1970, période où régnait sans partage la création collective, âge d’or, dans la courte histoire du théâtre québécois, de la diabolisation de la signature de l’auteur. Le mot « littérature », derrière lequel retentit bien évidemment le mot « écrivain », aurait suffi à lui seul à provoquer des émeutes.

Dans la grande mouvance égalitaire et identitaire des années 1970, l’unicité du regard de l’auteur, l’affirmation de cette unicité étaient considérées indésirables. Qu’en est-il aujourd’hui ?

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