Le cul de Paul-Émile Borduas
Martin Faucher

Je suis un enfant d’Expo 67. Toute ma tendre enfance s’est déroulée à Granby sous le fameux poster des îles Sainte-Hélène et Notre-Dame que mes parents avaient suspendu à un des murs de la chambre à coucher que je partageais avec mon frère. Intrigué par ce gigantesque terrain de jeu qui déclassait impitoyablement notre célèbre zoo, je pouvais passer des journées entières à scruter tous ces pavillons aux formes et aux couleurs plus audacieuses les unes que les autres. Je m’imaginais déambulant parmi les inventions folles et les collections fabuleuses qui constituaient ces bâtiments sortis tout droit d’un esprit halluciné. Je me mourais de visiter ces pavillons, tous, un à un, patiemment, avidement. Ah, la grosse boule des États-Unis pis le minirail qui la traversait ! Ah, le Labyrinthe où on était, semble-t-il, littéralement bombardé d’images psychédéliques ! Ah, le pavillon de la Russie avec ses cosmonautes qui flottaient dans le vide ! Ah, le pavillon de la France et sa sculpture musicale ! Ah, le pavillon du Québec tout en miroir avec son ascenseur qui faisait défiler le printemps, l’été, l’automne et l’hiver pendant la durée de la montée ! Et que dire de La Ronde, de sa Pitoune qui splashait tout un chacun, de la chauve-souris du Gyrotron qui semait la terreur lorsqu’elle surgissait d’une grosse poffe de boucane blanche ! Je brûlais alors d’être à (...)




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