PROSE

Des ouvrages de dame
Marie-Andrée Lamontagne

« Qu’est-ce que le moi ? » s’interrogeait il y a plus de quatre siècles, bien avant que le mot et la chose ne soient atteints de la boursouflure présente, un Blaise Pascal, en ajoutant du même souffle que le moi, quelle que soit sa nature, était haïssable en raison de sa vanité.

« Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants, si je passe par là, puis-je dire qu’il s’est mis là pour me voir1 ? » S’il est haïssable, en ce qu’il détourne de l’essentiel, le moi est d’abord insaisissable, étant formé de pièces et de strates multiples dont une vie, qui ne cesse d’en ajouter de nouvelles, ne suffit à faire le tour.

Malgré ce préambule, c’est bien par moi qu’il me faut maintenant en passer pour aborder le sujet ici traité à l’invitation de la revue Liberté. Je parlerai de moi, non parce qu’un tel objet d’étude présente en soi de l’intérêt, mais parce qu’il me semble que c’est à travers un filtre personnel que le sujet de cette réflexion est susceptible de révéler tous ses enjeux, et que c’est précisément pour avoir été trop souvent envisagé sous le seul angle collectif qu’il me paraît n’avoir été traité que superficiellement. Du coup, la cause semble entendue pour bien des gens, alors que pour moi elle ne l’est pas du tout.

De quoi s’agit-il ? La féminisation des titres, plus particulièrement l’usage, si répandu au Québec, du mot « écrivaine », adopté (...)

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1 Blaise Pascal, Pensées dans œuvres complètes, Paris, Seuil, coll. « L’intégrale », 1963, p. 591 (fragment 323 dans l’édition Brunschvicg, 688 dans l’édition Lafuma).




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