Présentation
Dans ce troisième opus de notre cinquantième anniversaire, nous nous intéressons cette fois-ci au théâtre. La chose, il faut en convenir, n’est pas innocente, puisqu’un certain nombre des membres du présent comité de Liberté a pour lui une douce inclination. Au-delà de cette manie, pourtant, il nous est apparu nécessaire de nous pencher sur cette pratique bâtarde — ce qui en fait le charme — qui nécessite à la fois la littérature et la présence des corps pour voir le jour, d’autant plus que ceux qui y consacrent leur vie nous semblent trop souvent évincés des débats publics, quand ce ne sont pas eux-mêmes qui rechignent à se jeter dans la mêlée. Pour du monde dont la pratique se résume, en quelque sorte, à prendre la parole en public, cette réticence reste quand même bien paradoxale.
Et quel dommage et quelle tristesse, ô combien symptomatique, que Michel Tremblay, alors qu’il affirmait en 2006 ne plus se reconnaître dans ce souverainisme ne parlant que de gros sous, ait choisi de se taire face à la levée de boucliers de la part des souverainistes plutôt que d’engager le fer avec eux !
Non, trois fois non, le théâtre ne sera pas bouté hors de la Cité comme chez Platon — qui voyait en l’auteur de théâtre le dangereux concurrent du philosophe, versé dans l’art du faux ! Nous croyons au contraire, à Liberté, qu’il est une des principales constituantes de la Cité, l’ardent laboratoire où se consume, chaque soir, la tentative de dire le monde autrement.
Dramaturges, metteurs en scène, traducteurs, comédiens ont été conviés à parler du théâtre qui s’est fait et qui se fera au Québec. Inévitablement, au-delà du sempiternel pétage de bretelles sur la supposée grandeur du théâtre québécois, ces auteurs ont été amenés à parler du théâtre qui ne se fait pas. C’est sans doute dans ces passages que se logent les défis des cinquante prochaines années du théâtre « de chez nous ».
Pierre Lefebvre + Robert Richard