CHRONIQUE

10. Salir des feuilles intactes

Robert Lévesque

Jean Genet, Lettres à Ibis, présentation et notes de Jacques Plainemaison, Gallimard, coll. « L’Arbalète », 2010, 110 p.

Trous
Les biographes s’échinent souvent à s’en arracher les cheveux et, sans témoignages ni documents, les plus sérieux renoncent à remplir les trous, ces vides sans fond, ces zones d’ombres opaques dans les vies de leurs proies… ; ainsi du jeune Jean-Baptiste Poquelin descendu en province, de l’adulte Rimbaud parti « aux Égyptes », et même de Mary Clarissa Miller, la femme une fois trompée dite Agatha Christie : il y a de ces absences de traces qui les désespèrent, les pauvres raconteurs, soit parce que ledit sujet n’était pas encore connu, reconnu, ou rattrapé, soit qu’il y ait eu des échappées inexpliquées, un peu comme de longues vacances prises sur des coups de tête, ou de grandes périodes (demeurées aveugles aux observateurs rétrospectifs) tenues volontairement bien muettes par les conscrits, ces astreints à la célébrité biographique. On peut imaginer que ce sont des années de bonheur simple, de farniente intellectuel ou de prison honteuse… Les sujets des monarques pressés ou travaillant dans le posthume que sont les biographes les déjouent parfois d’avance, consciemment ou inconsciemment. À ceux-ci d’avoir la lourde tâche de retracer le maximum (...)




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