En guise de réponse à l’article du professeur Gilles Gagné, sociologue
Alexis Martin
Je dois dire que je suis plutôt en accord avec la plupart des conclusions du professeur Gagné, lui qui, avec précision, découpe le métal des interprétations banales pour rendre un portrait troublant, un pochoir qui marque en creux ce qui aveugle en plein.
Toutefois, j’aimerais apporter ma contribution (modestement !) en commentant avec mon crible imprécis certaines mailles du filet tendu par le professeur Gagné.
La description qu’il fait de ma jeune vingtaine, moi qui suis né en 1964, me désole, car elle est… plus vraie que vraie ! J’ai certainement eu l’impression de marcher dans les décombres d’un rêve enfui, quand, au début des années 1980, une chape de morosité s’est abattue sur le Québec resté province, où le néolibéralisme agressif de M. Reagan haussait son jeu d’un cran sur fond de déliquescence soviétique ; il était de bon ton alors de rebattre les oreilles des jeunes joueurs de la culture que nous étions (j’étais alors élève du Conservatoire d’art dramatique), en nous enfonçant dans le crâne ces simples perspectives : vous ne travaillerez pas, vos désirs ne seront pas exaucés, la culture est un animal suspect qui vit sous un respirateur artificiel bien suspect lui aussi. (Le méchant ministère soviétique de la Culture !) Wall Street donnait le ton, les Canadiens français avaient (...)