Mais au boulot, nom de Dieu !
Robert Richard
Quelle déception que fut après tout cette Révolution tranquille censée avoir procuré à l’ensemble des Québécois tout ce que la modernité pouvait promettre de pains et de jeux ! C’est un peu notre mythe national que cette Révolution — en tout cas, un de nos mythes, et ils sont nombreux. Elle aurait mis fin à la souffrance, c’est ce qu’on a voulu nous faire gober — laquelle est toujours présentée sous l’étiquette fourre-tout et croque-mitaine de « Grande Noirceur ». Souffrance et Histoire étant inséparables ( jamais l’une sans l’autre), voilà qui, somme toute, voudrait dire la fin de l’Histoire. Ah, ces sacrés Québécois, surdoués comme pas un et qui vous auraient bricolé, comme ça, par un samedi soir, autour d’une caisse de vingt-quatre, l’hégélienne fin de l’Histoire — le tout, avec plus de trente ans d’avance sur Francis Fukuyama1! Oh, bien sûr, la Révolution tranquille fut aussi un beau projet — du moins au départ. Mais ça s’est plutôt terminé en rigolade pour société festive, dont nos médias et notre appétit pour les festivals sont le reflet parfait. TVA, Canal V, le festival Juste pour rire — la liste serait longue. Qu’aurait pensé un Philippe Muray de tout ça2? Pour sa part, Gilles Gagné voit, dans cette Révolution (...)
1 Francis Fukuyama, The End of History and the Last Man, New York, Avon Books, 1992, 418 p.
2 Entre autres, on lira de Philippe Muray (1945-2006) : Désaccord parfait, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 2000, 343 p. ; Festivus, festivus, Paris, Fayard, 2005, 485 p.